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Interview Isabelle Maeght
Publié par EF041008 le 1/5/2009
Nous commençons le Printemps 2009 par la visite d'un endroit mythique en Provence: la Fondation Aimé et Marguerite Maeght à Saint-Paul.

                                  

                                        Copyrights Galerie Maeght Paris

Il est 10h. Le soleil perce après la pluie de la nuit. La terre mouillée et les pins exhalent. Les personnages de Miro se réapproprient la lumière. 

Nous rencontrons Isabelle Maeght, petite-fille de Marguerite et Aimé Maeght et Directrice de la Galerie Maeght à Paris, qui nous reçoit à la veille de l’inauguration de l’exposition Monory « Tigre ». Tout dans cette Fondation rappelle l’art et la création des plus grands, Calder, Miro, Giacometti …


Sagaplanet
 : Isabelle Maeght, que représente cette Fondation pour vous ?

Isabelle Maeght : Cette Fondation, c’est ma vie ! La Fondation c’est en fait un énorme élan d’amour de mes grands-parents, de mes parents pour les artistes. Ces derniers leurs ont demandé de faire un lieu pour eux et non pas un lieu qui soit réhabilité pour en faire un musée. C’est le premier musée qui a été construit pour être un musée, bien que ce soit dans une propriété familiale.

S: C’est un cadre magique pour établir cette Fondation…

I.M. : Oui, d’ailleurs elle a été créée avec la nature, en la respectant. Pour respecter la forêt, nous n’avons abattu que six arbres pour construire la maison. Ce qui a été décidé avec Sert, c’est qu’elle s’intègre complètement dans l’environnement.


                                 

: Fondation Maeght…Bâtiment écolo avant l’heure ?

I.M. : Vous ne croyez pas si bien dire…Nous sommes le premier bâtiment HQE au monde ! On récupère l’eau et celle-ci est en circuit fermé, on récupère la lumière, les murs intérieurs et extérieurs sont séparés par un vide d’air qui maintient une température constante dans les salles… Nous avons eu la première pompe à chaleur thermique … et tout ceci a été conçu il y a plus de 50 ans. Même si tout cela commence à se déglinguer et que les technologies de l’époque n’étaient pas aussi au point qu’aujourd’hui, la Fondation est vraiment faite pour que les gens se sentent bien.

Les bâtiments ne sont pas hauts, il n’y a rien de grandiloquent et les gens nous disent « on a l’impression d’arriver à la maison »… et cela pour nous c’est le plus beau des cadeaux.

S : Nous sommes à côté de la chapelle. Quelle est son histoire ? Pourquoi cette chapelle ?

I.M. : Nous sommes le seul musée à avoir une chapelle intégrée. En creusant les fondations de la Fondation, ils sont tombés sur des murs effondrés d’un bâtiment qui avait été enseveli par un glissement de terrain. En faisant des recherches d’abord à la mairie, puis au cadastre, c’est finalement à l’évêché qu’ils ont trouvé que c’était une chapelle dédiée à Saint-Bernard. Or Bernard est le nom du frère de mon père, dont la mort prématurée d’une leucémie a entraîné une telle désespérance chez ses parents, Aimé et Marguerite qu’ils ont décidé, aidés par les artistes de créer cette Fondation. Les artistes leurs ont dit : « Faites quelque chose qui vous dépasse et qui dépasse votre douleur ».

S : Quel signe !

I.M. : Quel signe oui. Et la chapelle a été reconstruite aux proportions de la chapelle initiale, avec la modernité de Sert. Le bénitier vient de la chapelle initiale. Braque et Ubac ont fait les vitraux. Ubac a fait cette merveille de chemin de croix. Le Christ a été offert par Balenciaga. Tous les artistes ont été solidaires et ont beaucoup contribué.


    
                          
            

S : Un grand élan d’amitié.

I.M. : Oui, c’est un lieu d’amour et c’est un lieu qui ne laisse pas indifférent.  Le travail de Monory que l’on inaugure le 3 Avril est de la même veine. C’est un travail monumental  et c’est extraordinaire de voir ce que cet artiste, malgré un âge de quatre-vingt quatre ans, a réalisé  pour la Fondation.

: Ces toiles sont récentes ?

I.M. : Oui, il les a réalisées pour l’exposition. Il disait « on ne peut mettre à la Fondation des œuvres anciennes ». Il va les découvrir en salle pour la première fois tout à l’heure …Il ne les a vues que dans son atelier pour l’instant.

: Alors pourquoi lui, pourquoi maintenant ?

I.M. : Parce que nous avons décidé de faire deux fois par an, au Printemps et à l’Automne, les Ateliers de l’Art Vivant , qui est de dire à un artiste « Voilà cette salle-là, tu fais ce que tu veux ». Il y a eu  Takis, Pier Paolo Calzolari, Yan Pei Ming. Chacun s’approprie la salle de manière totalement différente, opposée.


                 

: Pourquoi le thème du Tigre ?

I.M. : Mes grands-parents ont offert à la Fondation un tableau qui comporte un tigre et il a dit « Continuons dans le tigre ! ». Il a réalisé ces trois tableaux gigantesques puisqu’ils font chacun 4 mètres et il y en a un qui fait plus de douze mètres.

: Quelle force !

I.M. : Oui, c’est époustouflant. Grâce à ces artistes, nous sommes toujours dans la modernité. Bien sûr, nous aimons par-dessus tout Calder, Braque, Giacometti…mais il faut que les artistes vivants aient leur place. Nous ne sommes pas un musée qui reste dans le passé.


: Que faites vous d’autre pour promouvoir la peinture des artistes vivants ?

I.M. : Nous avons fait par exemple les ateliers de la modernité en 2006, il y a avait des plus anciens comme Braque, mais aussi des plus jeunes comme Aki Kuroda ou Marco Del Re et la confrontation se passait formidablement.


             

: Avez-vous un programme ou des moyens pour rester en contact avec toute cette jeunesse qui créée ?

I.M. : Bien sûr. D’abord nous allons souvent voir les ateliers. Les galeries que nous avons à Paris et à Barcelone sont des lieux de rencontre et d’écoute extrêmement utiles pour cela. Et puis le bouche à oreille des artistes entre eux, qui conseillent souvent …et puis c’est notre métier.

S : c’est le coup de cœur avec la personne, l’œuvre…

I.M. : C’est un tout. On ne peut pas travailler avec une personne avec laquelle on ne s’entend pas. C’est pour nous impossible. On a besoin d’un contact, de partager les émotions, les fous rires et d’avoir un même besoin d’aller de l’avant et de faire un bon bout de chemin ensemble.

S. : Au plan international, comment travaillez vous ? Choisissez vous aussi des artistes étrangers ?

I.M. : Bien sûr ! Par exemple, les deux artistes que je viens de vous citer Kuroda est japonais et Del Re est italien. Nous avons une photographe chinoise Chen Man, un photographe américain qui s’appelle Steve Hiett  et nous travaillons avec énormément d’artistes ponctuellement ou pas. Nous essayons de trouver un juste équilibre pour que tous nos visiteurs soient contents, mais aussi pour que nos artistes se sentent bien. Je suis absolument ravie quand je vois un jeune artiste passer vingt minutes, une demi heure devant tel ou tel grand maître.

Comme disait Miro, « Avant d’être abstrait, un artiste doit être académique ». Il faut qu’il connaisse les proportions, la distance, l’immensité ou la petitesse et qu’il ait des valeurs justes, académiques.


                        

S.
 : pour terminer avec l’international, est ce que vous travaillez avec d’autres musées ? Comment cela se passe-t-il?

I.M. : Oui, nous avons énormément de prêts dans des musées étrangers. Par exemple, nous avons participé à la première exposition Giacometti en Australie qui a été un succès formidable. Nous venons de prêter des œuvres pour une expo Braque à Vienne. Nous avons une exposition Miro en Turquie, une autre en Corée… C’est vraiment dans le monde entier.

S. : Où sont situées vos galeries ?

I.M. : L’une est à Paris et l’autre à Barcelone.

S. : Formidable ! Vous allez être un lien pour Sagaplanet entre la région de Provence Côte d’Azur que nous couvrons actuellement et la Catalogne qui est la prochaine étape de notre site. Où êtes vous représentés sinon ?

I.M. : On ouvre un bureau à New-York d’ici deux mois. Nous souhaitons faire rayonner la Fondation. Cela sera un point de relais vers les Etats-Unis. Et puis nous avons un bureau en Chine.

S. : Comment cela se passe-t-il avec le monde chinois ?

I.M. : Ce n’est pas simple. Mais nous leur avons apporté des expositions de France, puis nous avons trouvé des artistes chinois et nous les avons exposés il y a quelques  mois. Cela a été un vrai succès. D’ailleurs nous avons aussi pris des jeunes qui n’avaient jamais exposé. Donc nous avons vu un nombre d’artistes incroyable.

S. : Bravo pour toute cette actualité. Merci beaucoup pour tout ce temps passé et bon succès dans tous vos projets.




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